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mercredi 10 mars 2010

de l'Individualité à la Conscience de groupe


Corps, Parole, Silence et Création.


Avec l'Approche Centrée sur la Personne,

En lien avec la nature et les saisons,

Dans la pulsation de vie symbolisée par la lemniscate,


Ces stages résidentiels sont une occasion de nous relier avec notre dimension intérieure, collective et universelle.

Ils sont co-animés par Josette Lesieur, psychothérapeute Centrée sur la Personne,
et Florence Barthélémy, consultante Centrée sur la Personne.

Le prochain stage a lieu du 13 au 16 mai,

à labordes, près de Tarbes, dans les Pyrénées.


Toutes les informations sont sur le site d'Espaces d'Ouverture. (voir le lien sur ce blog).

lundi 9 mars 2009

Rythmes et continuité


En février, du moins chez moi, dans les Vosges, printemps et hiver se rencontrent.

Et entre les deux, si l'on écoute bien, de l'intérieur...on entend le silence...

Le silence se trouve entre l'hiver et le printemps, comme entre deux vagues ou entre deux marées, au bord de la mer, comme entre deux respirations si l'on prend seulement le temps de s'arrêter un peu et d'écouter.
Les marées, les saisons, la respiration...et bien d'autres éléments encore...sont les rythmes de l'univers. Nous en sommes habités. Nous retrouvons ce silence entre les paroles, lorsque nous sommes à l'écoute d'une personne ou d'un groupe.

Avec la pratique des trois attitudes, il me semble qu'un rythme s'installe.

En même temps, entre la congruence et l'empathie, nous pouvons parfois vivre comme une rencontre entre des contraires, au moins une tension. Mais aussi entre la compréhension empathique accompagnante, proche, délicate, et la considération positive inconditionnelle qui implique une reconnaissance de l'autre en tant qu'autre, et radicalement autre, peut émerger comme un jeu dialectique avec des pôles contraires.

Pouvons-nous entendre la vérité dialectique qui jaillit de la rencontre entre les "contraires" que ces attitudes véhiculent : attention à soi et attention à l'autre, proximité et distance, sécurité et liberté, l'altérité et la fusion etc... ?

Pourrions-nous approfondir notre compréhension des trois attitudes avec cet éclairage ?
Qu'en pensez-vous ?

Josette


dimanche 1 mars 2009

Témoignage d'un parcours. Qualité de la formation offerte par le PCAI F

Une participante au programme m'a récemment demandé un témoignage sur mon parcours pour l'aider dans ses recherches de financement auprès d'un organisme d'aide. Puisque je l'ai écrit, je me suis dis que peut-être cela pourrait intéresser d'autres personnes. Cela fait partie de mon fonctionnement : lorsqu'un travail est effectué (par moi ou par d'autres, j'ai toujours envie qu'il se diffuse, au moins un peu...). Il y a des éléments que tout le monde connaît et qu'il ne serait pas nécessaire de réécrire, mais je n'ai rien voulu changer à la forme du premier écrit;

Le PCAI a été fondé par le psychologue américain Car Rogers (1902-1987), pour répondre à la demande de formation à L'ACP, qui existait en Europe, et deux de ses proches collaborateurs, Charles Devonshire (aujourd'hui décédé) et Alberto Zucconi (directeur de l'institut italien).

J'ai eu la chance d'intégrer le troisième groupe de formation (1984-1987) qui était alors encadré principalement par les deux co-fondateurs.

Dès la dernière année de formation (1986), j'ai pu m'installer comme psychothérapeute libérale en étant supervisée, pour mes premiers clients, directement par mes formateurs.
Je me suis rendue compte, au cours de ma carrière professionnelle, que j'étais préparée, non seulement à l'exercice de la psychothérapie, mais aussi à la pratique de l'ACP dans de multiples situations : je pouvais, avec assurance, assumer des animations, des formations, des situations innovantes dans le milieu enseignant, en entreprise, dans le milieu hospitalier, aussi bien pour du personnel d'encadrement que pour des personnes en difficulté et en voie de réinsertion.

J'avais appris les bases de la relation humaine, j'avais appris à écouter, à animer, à apprendre des autres et à transmettre. Je savais innover et mettre en place toutes sortes de situations d'apprentissage.

Dans l'académie de Strasbourg où j'ai travaillé, un groupe de recherche a été mis en place durant 15 ans, et un livre est sorti de cette expérience : "Apprendre aux élèves, apprendre des élèves, quels espaces d'écoute ?" (Bernard Schnoering et Josette Lesieur, CRDP de Strasbourg, 1999).
Nous avons aussi beaucoup travaillé sur les problèmes de violence : "Violence, un autre regard" (éditions Se Former, Voies Livres à Lyon).

Mon engagement dans l'entreprise a également donné lieu à la création d'un groupe de recherche et d'une méthode : ECA (à partir de l'Expérience, Comprendre, Apprendre) Développement. ( Christophe Boule et Josette Lesieur) ECA est un mode d'accompagnement du développement des personnes et des entreprises, sur la base de l'ACP. Cette approche nous a permis d'intervenir, en formation pour des ouvriers de base devant apprendre la mobilité et la polyvalence, sur le mode de management, et sur la gestion des services en entreprise.

Il existe actuellement d'autres organismes de formation à l'ACP, mais à ma connaissance, le PCAI-F est celui qui garde le fil conducteur du créateur qu'a été Carl Rogers, restant fidèle à son inspiration, à ses valeurs, à la qualité de l'Approche psychothérapeutique et relationnelle qu'il avait formulée. En même temps, l'adaptation est constante au contexte social et professionnel du monde d'aujourd'hui.

La formation est expérientielle, ce qui est la garantie que les attitudes requises pour cette pratique subtile et complexe, seront bien intégrées.(1000 heures réparties sur trois années)

L'expérience est complétée, sur un plan cognitif, par de nombreux documents écrits et vidées (entretiens enregistrés, interviews, exposés théoriques, groupes à thème invitant à la recherche etc...)
Cet apport cognitif peut être prolongé par le cours de psychopathologie et la rédaction d'un master universitaire.

Pour l'accompagnement et l'analyse de la pratique, trois groupes de supervision sont mis en place.

L'ensemble du dispositif est accompagné d'une semaine de Post-Formation au mois de juillet : une sorte d'université d'été au cours de laquelle peuvent avoir leur place : l'expérience, l'analyse, la réflexion, l'expérimentation, et la recherche.

Pour terminer ce mini-exposé, il me reste quelques mots essentiels, qui ont jalonné ma carrière professionnelle et qui sont encore présents dans ma pratique : croissance - évolution - ouverture - développement. Ces mots décrivent bien la vie du PCAI et son effort de créativité.

Josette Lesieur
psychologue retraitée
psychothérapeute Centrée sur la Personne
formatrice et superviseur



L'essentiel de mon activité est actuellement centré sur l'accompagnement individuel des personnes, avec une optique d'accompagnement de la croissance personnelle et relationnelle.
Cependant la qualité de la formation que j'ai reçue et la richesse de ma carrière professionnelle , m'ont données le goût de transmettre, ce que j'ai le privilège de pouvoir continuer à faire comme superviseur et comme formatrice dans le cursus de formation et d'entraînement organisé par le PCAI-F.

Cercles de parole en CM2, ce qu'en disent les élèves

En 2008 j'ai animé des cercles de paroles dans 5 classes de CM2, à la fin de l'année j'ai demandé aux élèves d'écrire ce que les cercles de paroles leur avaient apportés, j'ai classé leurs phrases en rubriques. Je vous partage leurs mots qui m'ont profondément touchés.

Le cercle de paroles est un temps d’expression libre pour le groupe classe accompagné par un adulte et en présence du maître de la classe. L’adulte pose le cadre et reçoit les paroles des enfants sans les juger. Chaque enfant est donc accueilli dans sa singularité. La reformulation permet aux enfants de clarifier leur pensée et de se sentir pris en considération. Ainsi les élèves s’emparent- ils de cet espace pour évoquer les difficultés relationnelles qu’ils rencontrent dans le groupe classe ou école. L’adulte les sollicite à la compréhension de la situation évoquée et à la recherche de solutions à l’intérieur du groupe. Il ne propose pas de solutions, ce sont les élèves qui prennent en charge le problème posé.

Ainsi les qualités relationnelles émergent, et se construisent sans l’injonction des adultes.

Les phrases des élèves recueillies lors de l’évaluation finale témoignent :

* D’une découverte de l’autre, d’une ouverture à l’autre, d’une confiance en l’autre qui s’établit, d’une compréhension de l’autre qui est à l’œuvre :

o Je comprends mes camarades, qu’il faut les aider à changer et aider les camarades qui disent des méchancetés.
o Je peux dire que le cercle de paroles c’est bien pour soutenir nos camarades qui pleurent comme S.
o Je pense que si tu n’étais pas là Danièle, S se sentirai toujours mal. Grâce a toi j’ai changé et maintenant je comprends S. Je comprends que depuis le début elle avait besoin de nous parce que elle se sentait mal. Maintenant je suis mieux en moi, je comprends les autres, j’ai plus de confiance en moi.

o Même si je n’ai été là qu’une fois j’ai beaucoup appris sur les autres, sur mes sentiments ; et sur mes camarades.

o J’ai beaucoup aimé le cercle de Paroles parce que j’ai beaucoup appris sur moi même et sur mes camarades, et je voudrai bien continuer.
o Ça nous a aidé à mieux connaître les autres et à les comprendre.

o J’ai appris à écouter les autres.

* La solidarité peut alors exister le respect se construit :

o J’ai appris à écouter les autres, à être solidaire et à régler nos problèmes ensemble.

o Tout d’abord j’ai aimé ce cercle car j’ai pensé que ça me ferait passer le temps mais au fur et à mesure que je l’ai découvert j’ai vraiment appris à mieux respecter et à mieux connaître mes camarades.

o Je pense qu’il faudrait continuer ce temps de paroles car ça nous apprend à vivre ensemble.
* Le cercle de paroles est vécu comme un espace de sécurité où on peut s’ouvrir, et les enfants font l’expérience que cette ouverture par la parole est libératrice.
o Je peux dire qu’on peut enlever une lourde charge de dire quelque chose qu’on avait pas envie de dire. Ça fait du bien quand on le dit. Je pense que S a beaucoup changer.
o Je peux dire que j’ai moins de craintes et que le cercle de paroles a permis de s’exprimer.
o Je pense que ce serait mieux si je continuais le cercle de paroles, c’est bien pour moi, au moins je peux dire ce que je ressens. Voilà.
o Je ne savais pas qu’il y avait des amis qui n’avaient jamais parlé de leur problème, et qui l’ont fait dans le cercle de paroles, avec toi et la maîtresse.
o J’ai pu dire ce qu’on ne dit pas aux parents et ça m’a fait du bien.
o Quand on est en groupe, tous les autres m’écoutent et ça me soulage.

o Ça m’a permis de parler librement.

o J’ai pu m’exprimer et je me sentais mieux quand nous avons parlé.
o Merci beaucoup de m’avoir aidé.
o J’aime beaucoup dire ce que je ressens.
o J’ai dit des choses que je n’aurais dit à personne, mais le cercle de parole m’a beaucoup aidé à prendre la responsabilité de mes actes
o J’ai beaucoup aimé le cercle de parole car je pouvais exprimer mes émotions, je pouvais parler de moi.

o J’ai beaucoup aimé le cercle de P car on disait ce qu’il y avait au fond de nous, et on a exprimé nos émotions envers les autres.
o Le cercle de paroles m’a appris beaucoup de choses sur les autres et sur moi, il m’a aidé à exprimer toutes les choses qui restent au fond de moi.
* Les élèves témoignent d’une prise de distance, d’une prise de conscience personnelle, ce qui témoigne d’ une augmentation du sentiment de responsabilité sans doute lié à une baisse de la culpabilité.

o Le cercle de parole m’a enrichi, m’a procuré beaucoup d’émotion, m’a « dégagé » de mes manières inadmissibles, m’a calmé et m’a donné de la chance.
o Je me sens mieux dans le groupe ; je prends mes responsabilités dans le groupe
o Ça nous aide à réfléchir avant d’agir.


o J’arrive pas à être silencieux et à continuer mon travail. Et je n’arrive pas à me sentir responsable de mes actes et de mes paroles.
o Je reconnais mes émotions, mes sentiments, mes besoins, mais je n’assure pas mon comportement.

o J’ai essayé de ne plus me mêler des autres et j’ai réussi.
o Depuis que l’on fait le cercle de paroles, j’ai beaucoup réfléchi et je me suis dit que je devais me calmer, car j’ai trouvé que j’étais un peu violente envers les autres. Et maintenant je trouve que j’ai fait un effort.

o Quand j’ai commencé le cercle de paroles je me suis sentie plus responsable de moi, d’accepter les différences entre nous et d’avoir confiance en moi. J’ai envie de continuer.

o Mme D, tu me connais, j’ai été plusieurs fois le sujet des cercles de paroles :mes camarades ont eu des vérités exactes, et je m’en veux terriblement. Certains recommencent encore et j’ai le pressentiment que je suis en train de recommencer à devenir méchante, c’est à cause de certains qui me disent souvent « serpent à lunettes » et je suis sûre que c’est cette phrase qui m’énerve le plus. J’aurai bien aimé dire un peu plus mais je ne sais pas l’exprimer avec mes mots. Merci de m’avoir écouté au temps de paroles.
* Ils découvrent aussi qu’ils ne sont pas seuls à éprouver des difficultés, ce qui permet de vaincre le sentiment d’isolement ou de solitude :
o Maintenant j’ai plus de relations avec mes camarades
o On peut échanger beaucoup de choses et savoir que je ne suis pas seule à éprouver des difficultés.

Toutes ces compétences relationnelles sont à la base de la non violence, l’estime de soi est renforcée dans le rapport à l’autre. Il ne s’agit donc pas de l’ego mais bien du « soi » social.

Danièle EDO-PALADINI

Expérience de groupe de parole à l’école.

(Témoignage écrit pour le trait d'Union :)
En 2007 la directrice d’un groupe scolaire de Nouvelle Calédonie m’a demandé d’intervenir auprès des CM2 afin de lutter contre les incivilités et la violence à l’école, j’ai tout de suite pensé à animer des groupes de paroles avec la classe entière en présence de l’enseignant.
J’avais déjà animé des groupes d’éducation à la non violence au sein d’une école mais avec des petits groupes de 8 élèves en suivant une programmation avec des supports, là je me lançais, forte des 3 ans de vécu de groupe en formation ACP dans la gestion de grands groupes (19 élèves) non directifs.

Mes objectifs étaient doubles ;
§ Donner la parole aux enfants, afin qu’ils renforcent leurs compétences relationnelles, et
§ Apporter une compétence à l’écoute aux enseignants.
Quatre classes de CM2, chacune d’un effectif de 19 élèves ont été concernées.
Quatre séances d’une heure par classe se sont échelonnées durant l’année scolaire, une évaluation a été proposée aux élèves et aux enseignants.(5ème séance)
Voici des éléments du projet proposé à l’école :
Déroulement des activités « cercles de paroles »:
§ Présentation
§ Dans les groupes l’animatrice assure, dans la confidentialité :

L’accueil sans réserve du contenu de celle-ci,

* La libre circulation de la parole,

o La reformulation qui permet le cheminement des idées.
Ce qui est attendu à l’issu du vécu de groupe :
§ Du côté des élèves :
o La clarification de leur ressentis,
o Le renforcement de la solidarité et de la tolérance
o Une plus grande autonomie.
o Un accroissement de l’estime de soi et du respect de l’autre.
§ Du côté des enseignants :
o Une plus grande confiance dans la capacité du groupe à résoudre ses problèmes.
o Une capacité accrue à accueillir la parole des enfants.
o L’utilisation d’outils permettant le développement affectif et social des élèves.
Les parents ont été informé par la note suivante :
Pour aider les élèves de CM2 à développer des aptitudes relationnelles, une intervenante extérieure, formée à l’écoute et à la médiation, animera cette année 5 ateliers « cercle de paroles » avec le concours de l’enseignant de la classe.
Une présentation a été faite en début d’année à l’ensemble des enseignants du groupe scolaire, ainsi que l’évaluation en fin d’année. Les enseignants des classes concernées ont pu échanger régulièrement avec moi..

Ce fut pour moi une expérimentation.
Pouvait-on mener des groupes non directifs avec des enfants de 11ans ?
Peux- t-on le faire à l’intérieur de la structure scolaire ?
Y aurait-il un impact sur le comportement des enfants, sur celui de l’enseignant qui assistait aux séances, les vivait, tout en étant à l’extérieur du groupe, comme témoin. ?
L’évaluation faite en fin de parcours a répondu partiellement à mes questions, mais dès la première séance la réponse à la 2ème question était là.
En effet, pour les 2 premières classes, certains élèves ont évoqué des thèmes tristes concernant la mort, la maladie de proches et très vite quasi la moitié de la classe pleurait.
Je ne fus nullement effrayée de cette situation car je connais, pour l’avoir vécu le processus du groupe et j’ai confiance en ce processus. Mais l’institution ne l’a pas vécu ainsi : la psychologue scolaire m’a fait remarquer qu’il était nécessaire d’être à deux pour ce genre de travail, car si un élève pleure, une personne sort avec lui et l’autre reste avec le groupe ; cela évite la contagion émotionnelle. Bien sûre moi, je ne vois pas les choses ainsi et une fois de plus c’est le vécu de groupe qui nous permet, à nous les pratiquants de l’ACP de vivre sereinement l’émotion à plusieurs, on sait même que cela est loin d’être néfaste pour le groupe.
Certains enseignants aussi étaient effrayés, j’ai donc pris en compte ces données institutionnelles et j’ai mené les groupes suivants en fixant un thème « la violence » afin d’éviter ce que l’institution vit comme des « débordements ».

Les objectifs et consignes qui étaient données et redites à chaque fois aux élèves étaient les suivantes :
§ Les groupes servent à :
· Mieux se connaître, (apprendre à parler de soi)
· Apprécier les autres, (apprendre à écouter)
· Construire la confiance en soi,
· Faire confiance aux autres.
Cette démarche s’appuie sur le programme pour l’éducation à la non-violence et à la paix établi par la Coordination française pour la Décennie. La Décennie est l’émanation d’une Résolution (53/243) sur une culture de la paix adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 13 septembre 1999. (à consulter sur le site : www.decennie.org )

le déroulement des séances :
Les séances se sont étalées tout au long de l’année scolaire , à raison d’une heure par séance et de 5 dans l’année, la dernière étant consacrée à l’évaluation. Le temps entre chaque séance était donc assez long ( environs 7 semaines). Lorsque je revenais dans une classe, je reformulais les objectifs et consignes et résumais brièvement, (à partir de mes souvenirs et des notes prises lors des séances par les enseignants) les thèmes abordés lors de la séance précédente.

J’ai pu alors remarquer des évènements spécifiques pour 2 classes :
Pour l’une ce fût :
Ø Un élève qui auparavant passait beaucoup de temps à taquiner les autres, avait changé de comportement au dire des autres. (témoignage lors de la 2ème séance.)
Ø Un changement notable des relations entre eux et en particuliers des relations garçons –filles, celles ci s’étaient nettement améliorées et les élèves témoignaient de leur contentement à être « devenus amis, à ne plus avoir honte de jouer entre garçons et filles. » (témoignages lors de la 3ème séance.)
Pour l’autre classe qui avait beaucoup évoqué la marginalité d’une élève, (enfant plus jeune car en dérogation d’âge, très bonne élève, européenne dans une classe d’océaniens) ; je remarque qu’à la 3ème séance cette question n’est plus abordée, interrogeant l’enseignant il me dit que cette élève est maintenant intégrée.

L’évaluation :
Lorsqu’on travaille en institution l’évaluation est indispensable, j’ai dû la construire de toute pièce.
En ce qui concerne les élèves je me suis basée sur les compétences relationnelles listées dans « le programme pour l’éducation à la non violence et à la paix » établit par « la coordination française pour la Décennie. » ce qui a donné lieu au tableau suivant :
A noter la dernière phrase que j’ai conçue pour évaluer une potentielle corrélation entre les progrès dans les compétences relationnelles et le désir d’apprendre et qui a été entendue autrement par les élèves. Ceux-ci ont compris : « j’ai envie de continuer à acquérir ces compétences, donc à poursuivre les groupes de paroles.

Fiche donnée aux élèves :


Cercles de paroles 2007, groupes élèves, Evaluation.


Ecole : ………………………………………..Classe :……………………………âge :…………


Légende : pas beaucoup : - moyennement : + beaucoup : + +

Ce que j’ai appris dans le cercle de paroles :

A découvrir mes qualités :

A accepter mes limites :

A avoir plus confiance en moi :

A reconnaître mes émotions, mes sentiments, mes besoins.

A accepter les différences :

A comprendre les autres :

A exprimer ce que je pense :

A écouter les autres :

A mieux me sentir dans le groupe :

A me sentir responsable de mes actes et de mes paroles :

A me sentir solidaire dans le groupe :

J’ai plus envie d’apprendre :

Autre chose que je peux dire :
(ici les élèves étaient invités à écrire leurs commentaires.)


Réponses des élèves et analyse :
o Ils ont répondu par les codes ++, +, -, à 12 questions regroupant des compétences relationnelles :
o Centrées sur soi ; (4 premières phrases)
o Centrées sur l’autre ; (4 suivantes)
o Centrées sur le groupe ; (3 suivantes)

Ø Point commun aux 4 classes : le fort pourcentage de ++ attribuer à la dernière phrase qui semble témoigner de l’intérêt porté par les élèves à cet « enseignement ». (voir graphique ci dessous.) Les élèves nous disent par cette réponse : « nous avons envie de poursuivre cet « apprentissage relationnel ». C’est pour moi la révélation de cette expérience : le besoin ressentis par les élèves d’acquérir au sein de l’institution scolaire des connaissances et compétences relationnelles et sociales. A noter que le dispositif « Décennie » milite en faveur de « l’introduction officielle de la formation à la non violence et à la paix à tous les niveaux du système éducatif français.» (voir la campagne lancée par la Décennie sur www.decennie.org )

Ø Pour les autres points chaque classe a apprécié des items différents :
o CM2 A :
· avoir plus confiance en moi
· Comprendre les autres
· Me sentir mieux dans le groupe. Ces 3 items sont à égalité de ++
· Compétences centrées sur le groupe et compétences centrées sur l’autre à égalité.
(il s’agit d’une classe qui a vécue sereinement les groupes, sans évènements notables.)

o CM2 B :
· Reconnaître mes émotions en tête ; puis à égalité :
· Accepter les différences et comprendre les autres.
· Beaucoup de compétences centrées sur le groupe.
(pour cette classe qui a vécu plusieurs changements d’enseignant et qui vivait un problème de discipline, j’ai fait 2 séances supplémentaires centrées sur ce que chacun pouvait faire pour améliorer l’ambiance de la classe.)
Ø CM2 C :
· Ecouter les autres suivi de près par :
· Reconnaître mes émotions.
· Ce sont les compétences centrées sur soi qui sont les plus hautes.
(Il s’agit de la classe qui a réglé le problème de marginalisation d’une élève différente.)
o CM2 D : accepter les différences.
§ Beaucoup de + pour l’ensemble des compétences centrées sur le groupe.
Il s’agit de la classe qui a profondément modifié ses relations garçons filles.)

Evaluation faite par les enseignants :
J’ai demandé aux enseignants de répondre par écrit aux questions suivantes :

Ø Ce que m’ont apportés les cercles de paroles :
o Connaissance du groupe classe :
o Connaissance individuelle de mes élèves :
o Eventuellement, conséquences sur la gestion de la classe :
o Personnellement :
o La dynamique du groupe classe a t elle été influencée par les groupes de paroles ?
Voici une synthèse des réponses :
Ø CM2 A :
« La classe était facile, les enfants sont restés disciplinés, il est dommage qu’à part certains enfants la classe se soit peu livrée.
Il faut faire attention à s’en tenir au thème de la non violence car lorsque les enfants abordent des thèmes plus personnels, c’est lourd à gérer. »
Ø CM2B :
« j’ai beaucoup appris en assistant aux groupes. »
Il y avait un problème de discipline dans la classe, ils ont eu envie que ça s’améliore.
« On a rappelé dans la classe les règles de prise de parole et de respect abordées dans les cercles de paroles. La dynamique de la classe a été moyennement influencée. »
Ø CM2 C :
Cela a permis de régler le problème d’une élève prise à partie par la classe, « elle avait du mal à s’intégrer, elle était jugée par les autres, elle a exprimé son stress, il y avait une pression que les autres ne comprenaient pas, ils l’ont ensuite acceptée. »
« Il faut faire des séances plus rapprochées et cibler les classes qui vivent un problème d’intégration dans le groupe. »
o CM2 D :
Il y avait 2 enfants dans la classe qui provoquaient beaucoup de moqueries et qui ont été par la suite bien intégrés ; de plus les problèmes de rivalité et moqueries entre fille et garçons ont cessé et ils sont devenus : « super solidaires ».
L’enseignante dit qu’elle a pu « gérer les petits conflits dans la classe dans un climat serein grâce à ce qu’elle a pu observer. » Elle dit avoir acquis plus d’écoute, ce qui lui a servi pour le projet avec les parents et dans les réunions, et aussi à gérer des conflits entre élèves en dehors de sa classe.

En conclusion :
1. Si je dois renouveler l’expérience, je pense qu’il faudra rapprocher les séances dans le temps.
2. Lorsque l’enseignant tire personnellement partie de ce qu’il observe dans le cercle de parole, les effets sont décuplés et s’étendent au delà de la classe. Pour une classe, dont l’enseignante a dit dès la première séance avoir été touchée par ce qui s’est dit dans le groupe, les effets ont dépassé le groupe classe. En effet cette enseignante a témoigné lors de l’évaluation de l’impact des séances sur sa qualité d’écoute tant des enfants que des adultes. Sa classe a été remarquée par le directeur de l’école, la cantinière et l’inspecteur comme un groupe solidaire et responsable.
3. l’item « j’ai appris à plus exprimer ce que je pense » est assez bas, cela témoigne de la difficulté à s’exprimer spontanément dans un grand groupe, même si je suis persuadée qu’on apprend beaucoup en écoutant, il sera nécessaire de plus solliciter la parole de certains car travailler en sous groupe casserait la dynamique de la classe.

Danièle EDO-PALADINI

Accompagnement des petits lors de la rentrée scolaire

J’ai le désir de partager avec vous, un travail d’accompagnement de la rentrée scolaire des petits en maternelle. Je pratique cet accompagnement dans une école maternelle de Nouvelle-Calédonie. Il s’adresse aux enfants qui vivent la séparation d’avec leurs parents comme un déchirement.
L’aventure a commencé il y a quelques années avec la rencontre d’un enfant, Benjamin. Je travaillais, alors en tant que rééducatrice sur un secteur scolaire comportant des écoles maternelles et primaires. (La fonction des rééducateurs de l’Education Nationale a pour objectif d’aider les enfants en difficultés scolaire et relationnelle, au sein même des écoles.) Lorsque ma collègue Nadine et moi arrivions à l’école de Koutio, où nous intervenions hebdomadairement, nous retrouvions Benjamin en pleurs et ceci plusieurs semaines après la rentrée. Nous le consolions, les enseignantes le consolaient, mais cela ne suffisait pas. Touchées par cette détresse, nous décidâmes qu’à la rentrée prochaine nous mettrions en place un accompagnement spécifique dans les écoles maternelles.
Je vais vous parler de cet accompagnement tel que je le pratique depuis 2 années, il ne correspond plus à la fonction de rééducatrice que j’ai quittée, bien qu’il s’y ancre historiquement. Il s’oriente maintenant plus vers un accompagnement ACP, destiné à des enfants particulièrement en détresse les premiers jours de la rentrée. L’inspecteur de circonscription m’autorise à être présente dans une école la première semaine. Mes anciennes collègues interviennent dans d’autres écoles et aident les enfants lors de ce « passage », ce que je fais n’est donc pas isolé.
La visée de cette action est d’aider l’enfant à surmonter l’épreuve de séparation. Nous avons très vite compris qu’il ne suffisait pas de consoler mais justement d’accompagner l’enfant. Celui-ci ne doit pas se calmer d’épuisement ou se résigner, il importe qu’il sorte victorieux de cette épreuve. L’adulte accepte la crise dans son expression singulière et aide à l’élaboration des émotions de l’enfant, il l’accompagne dans son processus jusqu’au moment où l’enfant manifeste le plaisir d’être parmi les autres et d’agir à l’école. Ce plaisir d’agir constitue un prémisse au désir d’apprendre.
L’outil principal est la symbolisation par l’adulte de ce qui est vécu par l’enfant. Cette symbolisation ne passe pas uniquement par la parole, elle est soutenue par des jeux ou sénari mis en place avec les objets présents dans l’environnement et qui parlent de la situation de l’enfant. Le dessin est aussi utilisé dans le même but.
Comme on le verra dans les exemples qui vont suivre je n’oublie jamais que je suis à l’école et je me considère comme un « passeur ». Passeur entre l’enfant et la culture. L’école est un lieu d’apprentissage et de socialisation, mon but est que l’enfant désire s’y inscrire. Dans cet objectif, je commente ce que nous entendons et voyons, l’enfant et moi, dans ce lieu spécifique. Je propose régulièrement que nous allions rejoindre la classe, les autres, la maîtresse. Lorsque l’enfant est prêt c’est lui qui me guide vers la classe.

Je vais tenter de vous faire vivre cet accompagnement :

Première étape : présence empathique et symbolisation.
Imaginez, je suis à l’école et j’accompagne l’enfant là où il se trouve, cela peut-être dans la cour, dans un couloir, je m’assieds près de lui par terre car dans un premier temps il ne veut pas bouger, ne veut pas aller dans la classe ; sa mère ou ses parents sont partis et il est dans une détresse totale. Il n’est pas prêt à être consolé il a seulement besoin qu’une personne adulte soit là avec lui dans une vraie présence rassurante tout le temps qui lui sera nécessaire. L’enfant a besoin que son agressivité et sa colère soient acceptées pleinement. Alors je symbolise ce que je comprends de son ressenti avec la parole mais aussi avec le matériel disponible : dessiner avec des feutres, dessiner sur le sol dans la cour…) Les enfants m’ont encouragée dans cette pratique. Je me souviens d’une petite fille qui pleurait silencieusement, près d’elle je dessinai la situation : la maison où est maman, la route, l’école où est la petite fille… Celle ci me demanda alors : « dessine les larmes de la petite fille », je compris qu’elle se reconnaissait dans ce dessin et qu’elle m’encourageait à traduire graphiquement son vécu émotionnel.
A un autre moment un petit garçon trépignant de colère criait « vilain papa qui m’a laissé tout seul » ; nous étions tous deux seuls dans la salle de motricité de l’école, une série de grosses perles en plastique et un carton me permirent de proposer la symbolisation suivante : je pris les grosses perles, les emboîtais et offris à l’enfant le collier de la colère, il le jeta à travers la pièce en hurlant. Le jeu qui s’instaura alors fut le suivant : Allan. déboîtait une à une les perles les jetait dans un carton, je les ramassais et reconstituais le collier de la colère que je lui offrais de nouveau. Il ponctuait ses jets de perles de paroles de colère à l’égard de son papa. Cela dura environ une heure. Puis vint le temps de la récréation, il accepta de venir avec moi dans la cour, joua avec les autres et est ensuite rentré en classe comme si de rien n’était. Je suis toujours émerveillée de ce moment de calme après la tempête et je me dis que l’enfant s’est senti pleinement accepté dans sa colère et sa destructivité et que cela a suffit.
Il est vrai que mes gestes à ce moment là étaient aussi pour moi pleins de sens. Je n’ai pas par hasard reconstitué inlassablement le collier de perles de plastiques pour le ré-offrir à l’enfant. J’avais alors conscience qu’en le faisant j’envoyais ce message à l’enfant : « tu peux vivre en toute sécurité la destructivité qui t’habites en ce moment, je peux la recevoir sans me sentir détruite. » Je sais que cela est structurant pour l’enfant et que ça le délivre, dans ce moment précis, de la culpabilité. Mélanie Klein[1] nous ont appris combien il est important que l’adulte reste « intact » face aux « pulsions destructrices » de l’enfant.
En effet celui-ci n’est pas équipé psychiquement pour distinguer nettement le dedans et le dehors psychique. Si son geste ou ses paroles agressives sont reçues comme telles par l’adulte alors l’enfant va intérioriser un sentiment de culpabilité intense, générateur d’ angoisse. Alors que si l’adulte reçoit ses paroles ou gestes de colère comme symbolisant un état interne de détresse, il aide l’enfant à se structurer, à établir une limite et aussi un lien entre lui et l’autre, entre ses émotions internes et leur expression. Si de plus l’adulte accompagne la crise de l’enfant en ayant des gestes symboliquement réparateurs, (reconstituer le collier) ; alors il met l’enfant sur la voie de la réparation. Réparation interne : « je suis réparable » et externe : « les autres sont réparables ».[2]
La symbolisation est donc, pour moi, centrale dans l’accompagnement des jeunes enfants, elle est souvent médiatisée par des objets mais peut être aussi simplement langagière lorsque j’accompagne un enfant qui est déjà bien inscrit dans le langage. Ce fut le cas de Rayan dont je vais transcrire ici une partie de l’accompagnement que j’ai enregistré.
J’ai dû sortir de la classe avec Rayan car ses hurlements terrorisaient enfants et parents alors présents. Dans la cour il se jeta par terre et hurla

o Pourquoi tu me fais ça à moi maman ?
J’étais impressionnée et je repris la phrase :
v Maman pourquoi tu fais ça à Rayan ?
Alors il se mit à hurler :
o Pitié maman !
v Pourquoi tu fais ça maman ? pourquoi tu laisses ton petit garçon à l’école tout seul, désespéré ? Rayan ne comprend pas, il ne comprend pas du tout.
Je me suis donc mise à reformuler en m’adressant symboliquement à la maman de Rayan et comme celui-ci continuait d’exprimer son ressenti je l’ai accompagné de cette manière assez longtemps, renforçant l’échange symbolique en utilisant mon portable.
Bryan alors exprima la peur qui était sous sa colère :
v J’ai peur d’aller à l’école.
v Tu as peur d’aller à l’école, je comprends que tu as peur.
o Maman au secours !
v Tu as peur, je vais le dire à Maman, je vais téléphoner à Maman, d’accord ?
Je prends mon téléphone portable, sans l’ouvrir :
v Allo, Maman de Bryan ? ici c’est Danièle, je suis à l’école, je vais te dire quelque chose : Brayan, il a peur de venir à l’école, tu comprends Maman ? il a peur de rester tout seul sans sa Maman. C’est ça Brayan ?
o Oui.
v Et il a très peur parce qu’il est toujours resté avec sa Maman et d’un seul coup, il est tout seul et ça fait très très peur dans son petit ventre. (il m’avait dit qu’il avait mal au ventre. ) C’est ça Brayan ?
o Oui.
A ce moment il ne pleure plus, je poursuis :
v Ça lui fait mal partout maman, il a mal au ventre, il a mal au cœur, il crie au secours.
C’est trop terrible d’avoir peur Maman ; tu sais ce que c’est ? tu sais que c’est terrible, c’est comme si on allait mourir, c’est ça Brayan ?
o Oui, oui.
v C’est trop trop dur Maman d’avoir peur, hein. Bon est ce que tu as compris Maman ce que je suis en train de te dire ? Es ce que tu as compris ? C’est çà Brayan ? Qu’est ce que je lui dis encore ?
o Moi a pleuré.
v Il a pleuré très, très fort. Qu’est ce que je lui dit encore ?
o Moi veux pas écouter la musique
v Il ne veut pas aller dans la classe écouter la musique, maintenant il est dehors, et Danièle essaie de comprendre ce qui se passe dans son petit cœur pour que Bryan puisse avoir plus peur et puis calmer sa colère parce que ça peut pas durer comme cela.
o Parce que Maman va me chercher.
v Hé oui tout à l’heure tu vas venir le chercher Maman d’accord ? on dit ça à Maman ? Qu’est ce qu’on dit encore ?
o Après je vais plus pleurer.
v Tu sais Maman, tu vas venir le chercher après il va plus pleurer. Tu comprends ? Qu’est-ce que je dis encore Rayan ? c’est tout ? Hé bien écoute, ça va maintenant il ne pleure plus et puis tu vas venir le chercher tout à l’heure Oké ?
v Bon voilà j’ai téléphoné ; j’ai dit tout ce que tu voulais lui dire..
A partir de ce moment il parle du retour à la maison, ce qu’il va y faire, qu’il reviendra à l’école « les Colibris ».
Je suis totalement admirative du travail de cet enfant et je dis :
v C’est extraordinaire Bryan, moi je trouve ça extraordinaire !
Nos échanges se poursuivent et Brayan dit qu’il n’a plus mal au ventre, nous nous dirigeons ensemble vers la classe.
Avec cet enfant l’échange a été fort, j’étais impressionnée par l’intensité de l’expression de sa douleur. Ainsi mes reformulations dépassent parfois ce que l’enfant exprime. C’est le cas lorsque je dis « c’est comme si on allait mourir. » L’enfant n’a pas exprimé cette crainte, c’est moi qui l’induit. L’enregistrement me permet cette relecture et une mise à distance.
Cependant, il fut aisé d’accompagner Bryan par la parole car il comprenait bien ce que je disais et que je comprenais son langage. Mais ce n’est pas toujours le cas, je vais vous parler du premier contact avec Lucas avec lequel j’ai dû me situer en de-ça de l’échange verbal.

C’est donc le premier jour de la rentrée, et quand j’arrive dans l’école, Lucas est couché par terre près de la porte vitrée qui donne sur l’extérieur, la porte est fermée à clef car Lucas ne veut qu’une seule chose : se sauver de ce lieu et rejoindre ses parents. Il est très en colère. Je m’assieds près de lui, lui parle, sans succès. Je commence à dessiner tout en parlant mais Lucas, d’un geste rageur de la main, écarte feuille et marqueurs.Je comprends que c’est prématuré et je sens que mes paroles n’accrochent pas. Il me tourne la tête. Pour lui témoigner que je suis dans l’acceptation de son ressenti, je déchire ostensiblement le dessin que j’avais fait. On m’apporte une bassine et des légos, Lucas n’en veut pas et les repousse violemment. Pour être corporellement avec lui, je commence à jeter dans la bassine un à un les légos qui pour moi représentent ce qu’il répète inlassablement « veux papa » et j’ajoute « Lucas est très en colère ».
Dans le cas présent, c’est donc moi qui jette les légos, mes gestes symbolisent sa rage.
Mais Lucas m’ignore, il est toujours couché à plat ventre, face contre terre. Je suis désemparée car il ne semble pas être en relation avec moi. Je me souviens alors d’un article lu récemment sur la pré-thérapie et met en acte ce que j’en ai compris : avant le contact le thérapeute peut dire tout haut ce qui fait lien dans l’environnement entre lui et le patient. [3]
Je tente : « Danièle est assise par terre à côté de Lucas ; dehors on entend le vent souffler…. » Et là j’essaie d’être pleinement dans le présent avec lui, sans intention. De longues minutes s’écoulent, soudain, il se tourne vers moi et me parle en regardant la route je ne comprends pas explicitement ce qu’il dit.
J’essaie : « oui, oui, c’est par là que la voiture va arriver pour te chercher. » Il continue de parler, je dis oui, oui…Je sens l’instant crucial et j’ai un peu peur de ne pas être juste car je ne comprends pas ce qu’il exprime par les mots. Mais il s’assied, prend les légos et se met à jouer. C’est un moment magique. L’enfant n’est plus isolé dans sa détresse, il montre qu’il veut bien être soutenu par la personne qui est là et qu’il ne connaissait pas jusqu’ici. C’est le tout début, l’accompagnement de cet enfant va durer 3 matinées avant que je puisse définitivement m’effacer.
Car je m’efface complètement lorsque l’enfant effectivement joue, et s’intéresse aux activités proposées par l’enseignante. Mais pour cela il faut être entré dans la classe.
Alors je sollicite régulièrement l’enfant accompagné :

Deuxième étape : les sollicitations :
Dès que l’enfant a dépassé le débordement émotionnel premier, je commence à me situer comme un médiateur entre l’enfant et l’environnement scolaire, lors de cette étape qui aboutira à la socialisation je propose à l’enfant de s’associer aux activités de l’école.
Revenons à Lucas : nous sommes donc maintenant tous deux jouant aux légos, assis par terre près de la porte d’entrée. En acceptant cette activité ludique Lucas me montre qu’il n’est plus dans le rejet de l’école. Je peux alors lui proposer de s’inclure progressivement dans la vie du groupe.
Quand l’enseignante passe avec le reste de la classe, revenant de la récréation, je lui propose qu’on rejoigne au groupe. Nous arrivons à la porte de la classe mais Lucas veut rester dehors. Il se tient à distance dans le couloir, je m’assieds à la porte de la classe , et je commente pour lui tout ce qui s’y passe, comme si j’étais moi même un enfant qui découvrait cette vie bien intéressante ! Soudain, il se précipite dans la classe et se jette assis près de l’entrée. Je suis surprise.
Il est maintenant à l’intérieur, J’entre moi-même, précédant Lucas d’une étape puisque je vais m’installer au milieu des autres enfants sur le tapis et participe à ce qui s’y passe tout en invitant Lucas du regard. Celui-ci nous rejoint et commence à jouer. Il vient de franchir une nouvelle étape.

Mais la vie à l’école c’est aussi l’apprentissage des règles de vie en société. Il s’agit de tous les rituels comme de se déplacer en se tenant par la main, aller aux toilettes à des moments précis et en groupe, manger le goûter en attendant son tour, attendre les parents assis. Etc… Me mettant à la place des enfants je mesure l’étendue de ce qu’ils doivent intégrer. Et je suis émerveillée par leur capacité d’adaptation. La plupart d’entre eux n’ont pas fréquenté de lieux collectifs comme les crèches avant cette première scolarisation. Pour cette nouvelle conquête je reste près de l’enfant accompagné et je parle afin de mettre du sens sur ces règles. Il me semble que plus on met de sens sur ces demandes spécifiques de l’école plus on aide les enfants à s’approprier cet espace et ces règles de vie. Les élèves les plus grands me sont alors d’ un soutien précieux. Ils sont tout de suite en empathie avec les plus petits et, fiers d’avoir eux mêmes dépassés cette épreuve, prêts à les aider.
Lors de cette étape mon rôle est essentiellement d’être médiateur entre la « culture de l’école » et l’enfant. Ce sont les enseignantes qui sont à l’initiative et garantes des règles. Et je mesure que pour elles cela constitue un travail éprouvant. Je me perçois comme un passeur, rien de plus, alors que l’enseignante a la charge de faire respecter les règles de vie en commun. C’est elle la référente et je ne l’oublie pas, l’évoquant auprès de l’enfant tout au long de l’accompagnement. Ainsi quand celui-ci sort de sa détresse initiale il sait qu’il est ici à l’école et que la personne qui est là près de lui ne fait que l’accompagner dans la conquête de ce lieu, et n’en fait pas partie.

La fin de l’accompagnement :
Deux repères me guident alors :
§ L’enfant s’investit dans les activités proposées par l’enseignante.
§ L’enfant peut se séparer et retrouver ses parents sans angoisse.
(selon les travaux de Mary Ainsworth,[4] l’enfant fait alors preuve d’un attachement confiant.)

Ainsi Lucas, à la fin du 2ème jour, attend ses parents assis sur le banc, près de moi et avec les autres enfants. Les mamans arrivent, les retrouvailles sont souvent pleines d’émotion, et les parents de Lucas tardent. Cependant celui-ci reste calme et je note qu’il se sent en sécurité.
Le lendemain matin, il pourra quitter ses parents sans problème, leur dire au revoir de la main lorsque la voiture passe devant la fenêtre de la classe. Je suis près de lui et dessine « la belle voiture du papa de Lucas, Lucas dessine aussi, et la journée se passe sans problème. L’intégration s’est opérée.

Rayan que nous avons laissé au moment où il dépassait son chagrin pour se projeter dans l’avenir a ensuite évoqué avec moi, toutes les étapes du retour de sa maman :
o Maman va passer l’aspirateur puis y vient chercher moi.
v Et après elle vient te chercher, ça y est, tu as tout compris
o Après la voiture va passer.
v La voiture va passer ici, là tu vois la route ?
o Après i va appuyer avec son pied (brôoumm)
v Oui avec le pied elle va accélérer.
o Avec le pied à Maman
v Maman va accélérer avec son pied, oui et après ?
o Après le moteur i va..
v Le moteur va ronfler, oui. Ah c’est génial ! (je suis émerveillée)
o Après va prendre mon cartable.
v Et tu vas prendre ton cartable ?
o Mon cartable Spiderman….
Une telle précision me rend admirative du travail d’élaboration de cet enfant. Il utilise vraiment son imaginaire et sa fonction symbolique pour dépasser l’angoisse première. L’expérience m’a montrée que le travail psychique ainsi commencé ne régresse pas et que l’accompagnement se poursuit vers la consolidation d’une sécurité intérieure.
Ainsi ces deux enfants, accompagnés d’une manière différente, ont-ils suivi leur processus propre pour accepter la séparation et ne plus la subir comme une rupture. Je fais cette différence car la séparation implique le retour, les retrouvailles, alors que la rupture est vécue comme un gouffre et provoque l’angoisse.

Petit détour théorique :
Margaret S. Warner,[5] s’appuyant sur la théorie de Gendlin concernant « l’empathie phénoménologique », fait l’hypothèse que le jeune enfant, dont le langage est en cours d’ élaboration, tire un véritable profit des mots justes posés par l’adulte sur ce qu’il ressent confusément et corporellement. Les sentiments éprouvés par l’enfant restent implicites jusqu’à ce que des mots viennent symboliser son expérience et la rendre ainsi explicite. Il est donc fondamental pour l’éducateur de reconnaître les sentiments de l’enfant, surtout s’ils sont négatifs comme la colère, la peur, la tristesse. La théorie psychanalytique nous dit que ces sentiments non reconnus seront refoulés et resteront actifs (retour du refoulé) dans le comportement. L’approche rogérienne met l’accent sur la nécessité d’offrir à l’enfant une symbolisation verbale empathique qui lui permettra non seulement d’être reconnu dans ce qu’il vit mais en plus de reconnaître sa propre expérience. L’adulte en accueillant et en nommant empathiquement les ressentis agressifs de l’enfant lui permet de les intégrer comme des parties légitimes de lui-même. Cette reconnaissance par un autre, si elle est juste renforce « le centre d’évaluation interne » de l’enfant et participe à l’élaboration d’un « self sain.»
Ce sont ces convictions qui ancrent ma pratique et me guident chaque année vers plus de présence et d’acceptation inconditionnelle de l’enfant.
Je suis intimement persuadée que cet accompagnement que je vis chaque année avec un peu plus d’engagement personnel et de disponibilité à l’enfant participe au processus d’individuation de celui-ci, c’est pour cette raison que j’ai eu envie de partager cette expérience.
Je n’ai pas évoqué, dans cet article, les échanges avec les parents car j’interviens prioritairement auprès des enfants. Je laisse donc, sauf exception, l’enseignante rassurer les parents.
Par contre je témoigne, à chaque occasion qui m’est donnée, de mes actions et du sens que j’y mets aux enseignantes et aide-maternelle de l’école. Elles apprécient ces échanges et cultivent ainsi une compréhension plus empathique à l’égard de ces comportements qui auparavant les laissaient impuissantes. Aujourd’hui elles sont plus rassurées et peuvent avec calme, recevoir la détresse de certains enfants, elles perçoivent qu’il ne s’agit pas d’un geste spécialisé mais d’ouvrir son cœur et de respecter le vécu de l’enfant.
L’approche centrée sur la personne se caractérise par un accompagnement dans le présent, une absence de jugement et d’interprétation.
Dans ce travail je m’efforce d’être avec l’enfant au moment où il vit cette épreuve, je ne cherche pas, par le biais de la classique anamnèse les ruptures anciennes qui me permettraient de comprendre pourquoi cet enfant vit si douloureusement la séparation. Ces données, dont je me servaient au début de ma fonction permettent d’avoir l’impression de maîtriser la situation. Les exemples qui précèdent sont en grande partie exempts de cette stratégie, ce qui me guide encore ce sont des repères théoriques, qui même s’ils n’appartiennent pas au champ de l’A.C.P. ne m’éloignent pas de l’enfant. (du moins c’est ce que je ressens.) De même l’accompagnement dure ce que dure la crise et ne donne pas lieu à l’ouverture d’un dossier, comme cela se fait habituellement lorsqu’un enfant est « suivi » par un spécialiste. L’aventure est vécue de personne à personne. (personne-adulte à personne-enfant.)
L’approche centrée sur la personne est non directive ; elle donne le pouvoir à la personne accompagnée, comme le dit Thierry Tournebise, « c’est elle qui détient les clefs de chez elle ».[6] Alors je suis l’enfant géographiquement, c’est lui qui me précède vers la classe. Seule entorse à cette non directivité : je ne peux accompagner l’enfant en dehors de l’école, alors que celui-ci ne veut qu’une chose : se sauver.

Danièle EDO-PALADINI

[1] Introduction à l’œuvre de Mélanie Klein Hanna Segal, Puf
[2] La notion de réparation est développée dans les ouvrages de Maryse Vaillant.
[3] Garry Prouty a développé l’approche nommée pré-thérapie. Phillip Gyselinck nous en parle dans Mouvance Rogérienne n° 9, nov. 2004
[4] Travaux de Mary « la situation étrange » évoqués par Serge Lebovici dans A l’aube de la vie Editions Eres.
[5] Margaret S. Warner traduite par Cécile Rousseau dans ACP Pratique et Recherche n° 1 juin 2005.
[6] Thierry Tournebise, psychothérapeute et formateur. http://www.maieusthesie.com

Le silence d'où viennent les mots

Une expérience de groupe lorsque le silence est présent.

Ce groupe se rencontre deux heures par mois pour entrer dans une autre dimension de la parole qui se dit, dans un dialogue entre parole et silence.

Silence...en relation les uns avec les autres.

Une Présence ou qualité de silence s'installe.

Du silence, émergent des mots, peu à peu, comme un tableau se réalisant lentement...
Ces mots qui viennent sont pour nous comme un "enseignement" qui se construit dans le partage des expériences intérieures, à la recherche de mots authentiques.

Ce soir, vient la question de la peur :

La peur trouble, obscurcit. Quand il y a peur, il ne peut y avoir l'amour. Pourtant, la peur semble une expérience fondamentale, essentielle, profondément ancrée dans nos vies humaines.
La peur est liée à la conscience que j'existe, que je suis fragile, que je peux casser ou disparaître...peur de disparaître et désir de continuer à exister...La peur vient du décalage entre ce que je souhaiterais, ce que j'imagine, et ce qui existe : c'est le domaine des projections...La peur s'inscrit dans notre temps : projection du désir, elle se situe dans le futur ; souvenir d'expériences traumatisantes, elle se situe dans le passé.
Au moment présent de l'expérience précise et immédiate, il n'y a plus ni peur ni désir.

MAIS AUSSI :

A travers la peur, à travers la violence qu'elle suscite souvent, s'exprime le désir de vivre, et la beauté de la vie. La peur est inscrite dans notre réalité humaine : si je ne vois pas cette réalité, je ne peux pas non plus voir l'autre partie, l'expression divine...

Il me semble que lorsque le silence est présent, d'une manière ou d'une autre, les mots finissent par toucher quelque réalité humaine, profonde et universelle. Cela arrive aussi de temps en temps, dans les groupes de rencontre Centrés sur la Personne, sans que cela soit recherché. Mais il ne s'agit pas de n'importe quel silence.

Pour qualifier cette "atmosphère", certains participants parlent d'énergie. C'est comme un bain de silence, le ressenti d'une présence qui unifie et rassemble. Les mots prononcés touchent à l'essentiel : ils disent la Vérité, l'Unité, la construction commune, la Vie, l'Humanité.

Cette qualité de présence appelle à une mise en forme : ce peut être l'évocation d'une création artistique ou de pistes nouvelles pour avancer dans la résolution d'une difficulté, orienter autrement attitudes et comportements, ou changer de regard tout simplement.
Ces expériences m'amènent à réfléchir sur l'interaction entre les mots et le silence :

Que deviennent les mots lorsqu'une certaine qualité de silence est présente ?
Que devient notre écoute entre parole et silence ?

Josette